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Histoire

Alma (jeune) mater : 40 ans cette année !

Jusqu’en 1966 Rouen possède une préfecture, une cour d’Appel, un archevêché, moults sièges industriels et sociétés savantes, mais pas…d’Université. La demande est pourtant bien là : les enfants du baby boom et des Trente Glorieuses aspirent en nombre croissant à suivre des études supérieures. La scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans (1959) a enclenché un cercle vertueux à Rouen comme ailleurs. Certes existent localement quelques possibilités : école de Médecine, de Lettres, de Sciences, de Droit, qui se transforment dans la décennie 1960 en facultés. Cependant, administrativement, Rouen dépend toujours de l’Université de Caen, sans compter l’attraction informelle mais bien réelle exercée par Paris. Situation insatisfaisante, donc.

Sur le plateau de Mont-Saint-Aignan, à cette époque, surgissent quelques bâtiments. Disons, pour rester aimable, que leur allure extérieure ne brille pas par l’inventivité joyeuse. Mais les architectes qui ont conçu ces HLM améliorés ont fait de leur mieux avec peu de moyens : on est dans l’urgence ! C’est l’aspect du campus tout entier qui n’est d’ailleurs guère engageant : plutôt désert, poussiéreux l’été, et boueux à la saison humide, longue en Normandie comme chacun sait.

Parallèlement les «forces vives, » à savoir le maire de Rouen Bernard Tissot (prédécesseur de Jean Lecanuet), mais aussi Pierre-René Wolf, directeur de Paris-Normandie, la CODER (ancêtre de notre Conseil régional), la mission Basse-Seine, le Conseil général etc, se battent auprès des pouvoirs publics pour que Rouen soit à son tour dotée d’une université. C’est chose faite, par décret, en avril 1966.

Presque aussitôt survient la tourmente foisonnante de mai 1968. Rouen est proche de Nanterre, c’est dire si l’effervescence y est grande, n’est-ce pas MM Bolloch, Filoche, Labro, Lepape, Mazauric, Patte, Pessiot, entre autres ?

Dans les années qui suivent, l’université rouennais ne cesse de se développer. Quantitativement (9 000 étudiants à sa fondation, 25 000 actuellement). Qualitativement aussi, même si ce second domaine est à l’évidence moins facile à évaluer, avec en particulier la naissance de laboratoires de recherches performants, nouant souvent des contacts fructueux avec le secteur privé, tel le CORIA (Centre de recherche en aérothermie), créé en 1975. Le campus lui-même s’humanise : joie quand s’installe une belle cafétéria à la Fac de Droit (vers 1990, de mémoire).

La période contemporaine ? Une professionnalisation croissante, dans la lignée des IUT, Rouen ayant accueilli dès 1966 le premier d’entre eux. Eclatement des sites (une partie des Sciences à St Etienne du Rouvray, le Droit redescendant en centre ville avenue Pasteur en 2001…). Réforme, comme partout, des études, avec l’adoption du système européen LMD (Licence-Mastère-Doctorat), accompagné d’équivalences à l’étranger si l’on y suit une partie de son cursus, choix de plus en plus fréquent, comme Cédric Klapish l’a dépeint dans l’Auberge espagnole. Toujours beaucoup de « profs pendulaires », résidant en région parisienne. Un manque de moyens parfois violemment dénoncé (cf les grèves de l’automne 2005).

Trois questions parmi cent, pour finir : à vos claviers, bloggeurs ! Miss Ska, aujourd’hui même, a eu face à elle un «public» d étudiants inscrits à Rouen, mais venant des Emirats Arabes Unis, ainsi qu’un groupe de Gabonais ; une chance ! Notre université sait-elle toutefois accueillir réellement, donc avec des structures et des cours adaptés, la fraction non négligeable de ses étudiants venus de loin, lesquels, une fois rentrés chez eux, pourraient devenir d’ardents ambassadeurs de la Normandie ? Pourquoi, deuxième question bien différente, n’existe-t-il pas à Rouen un enseignement pluridisciplinaire et structuré, concernant la Normandie (sa géographie, son économie, son histoire, sa littérature…) ? Enfin, surtout, comment faire pour non seulement attirer, mais également conserver les étudiants issus de milieu modeste, qui capitulent souvent rapidement, face aux difficultés intellectuelles et aussi humaines rencontrées dans un milieu parfois perçu par eux comme hostile, contrairement à l’une de ses vocations profondes ?

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