Vers 1900 Rouen possède une presse écrite (périodique et quotidienne) diversifiée, incarnant les grands courants politiques existant alors dans notre pays. En effet la IIIe République, par la grande loi de 1881, a accordé à la presse une liberté quasi complète. Cette loi a supprimé, en particulier, l’autorisation préalable. Autrement dit, plus besoin désormais d’un quelconque feu vert émanant du pouvoir politique en place pour créer un journal. Et comme à l’époque cela ne coûte pas forcément très cher, beaucoup de titres surgissent, parfois éphémères d’ailleurs, car pour vivre – comme encore maintenant !- il faut à la fois des lecteurs et de la publicité.
A Rouen en 1900 existent trois quotidiens. Le Journal de Rouen, apparu dès le XVIIIe siècle, représente le courant républicain conservateur. A sa droite, un quotidien monarchiste, le Nouvelliste. A sa gauche Le Petit Rouennais, qui milite pour la Séparation de l’Eglise et de l’Etat, ainsi que pour l’essor de la législation sociale.
Aux législatives de 1902 à Rouen les radicaux sont battus. Du coup Le Petit Rouennais, qui les soutenait, disparaît peu après ; mais…le 1er juillet 1903, le voilà qui renaît de ses cendres, sous un nouveau nom : La Dépêche de Rouen. Comme ses concurrents à l’époque, La Dépêche propose en général 4 pages seulement, de présentation très verticale. Aucune photo, pas de gros titres, très rarement des faits-divers à la Une, mais en revanche un feuilleton en bas de cette Une (le feuilleton est un genre littéraire très apprécié à l’époque). La publicité est assez réduite, et surtout cantonnée à la dernière page ; elle concerne beaucoup les médicaments, ce qui serait illégal actuellement.
La Dépêche, quotidien radical, a existé jusqu‘en 1940. Je vous parlerai une prochaine fois de son plus célèbre pigiste, à savoir le philosophe Alain.
En attendant, terminons, comme toujours, par une question, car l’histoire est enquête et questionnement permanent. La situation médiatique, un bon siècle plus tard, apparaît bien différente à Rouen (radio et télévisions locales, publications gratuites émanant des collectivités territoriales, blogs !!!, etc, etc). Pourtant y a-t-il, selon vous, quelque chose à garder ou à ressusciter de cette ancienne presse , qui comportait, elle aussi, ses richesses ?
Art tres intéréssant; y a t il des endroits où on peut consulter des exemplaires de ces journeaux?
il me semble qu’on le pouvait à la bibliotèque municipale.
Sinon il reste les archives départementales (la série T il me semble)
Merci pour ce billet… Ah, c’était bien le temps du pluralisme…
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