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Culture

Déjeuner avec Romain Dudek

Romain Dudek est chanteur. Elevé près de Dieppe, il aime les pates. Ce qui n’a pas de rapport direct. Aujourd’hui, ce sera une assiette de tagliatelles à la carbonara. Une belle assiette : “avec ça, je tiendrais toute la journée”, explique-t-il. C’est que, si Romain n’aime pas le sport, il s’est remis à la course à pied : “un concert d’une heure trente demande autant d’énergie qu’un footing de la même durée. Et je n’était pas capable de courir aussi lontemps”. Ces dernières semaines ont été en enchaînement de dates de concerts. Le soir où on l’a vu au Trianon Transatlantique, à Sotteville lès Rouen, il partait en Auvergne, dès la séance de dédicaces terminée, pour un concert le lendemain.
Romain Dudek, chanteur

Ainsi va la vie d’un chanteur qui commence à avoir du succès. Tout a commencé, pourrait-on dire, début 2006, avec sa chanson “Bernadette n’aime pas les enfants”. Il s’en prenait à la première dame de France. Et son hébergeur d’alors avait censuré son site. Résultat, la chanson, tout confondu, a dû être téléchargé 100 000 fois. Même si c’est difficile à chiffrer. Et Romain Dudek est estampillé chanteur engagé. Il s’en défend sur son site : “Je ne suis pas un artiste engagé, contrairement à Doc Gyneco ou à Lorie, qui ne sont pas artistes tout court.” A table, entre deux fourchette de tagliatelle, il reprend ce refrain : “Un artiste engagé met son art au service de ses idées. Moi, je fais de l’art avec ma sensibilité. Je suis humaniste, donc, naturellement de gauche.” Il ne veut pas être réduit à l’aventure “Bernadette” qui lui a fait pas mal de publicité et qui figure sur son dernier album. Pas engagé, mais pas consensuel. La variété ne l’intéresse pas. A la fin de son dernier album, il s’en prend à Vincent Delerm, avec une parodie irrésistible : L’asticot du Gabon.

Ce qui lui importe ? Travailler, faire son boulot, aller jusqu’au bout pour que ça marche. Il a été ingénieur du son, il a tenté d’ouvrir un studio d’enregistrement. Les sous-céline Dion et les sous-Lara Fabian l’ont fait fuir. De son premier disque il ne reste aucune trace. Seules sa mère et sa grand-mère en aurait acheté un exemplaire. Les deux suivants sont sorti en 2000 et 2003. Le dernier, “Poésie des usines”, en 2006. On y trouve bien d’autres choses que Bernadette. Poésie des usines, justement, mais aussi Salauds de pauvres, dont l’énergie est assez décoiffante. D’autres textes sont chantés en concert avec un accompagnement aux percussions parfois totalement expérimental, mais, la surprise passée, tout à fait convaincant. On y entend, sur la fin, une reprise splendide des Rita Mitsouko, qui sera sûrement sur le prochain album, début 2008.
Un album aussi politique que le précédent ? Oui, car, pour Romain Dudek, c’est de l’ordre de la seconde nature. Mais, dit-il, plus d’attaques nominatives. Car il s’agit, surtout, de la construction d’un univers artistique et musical. Un univers à rebrousse-poil, avec, peut-être, distributeur de premier plan, plus connu que l’actuel éditeur, rouennais, mais si et seulement si c’est, aussi, une aventure humaine. “Je n’envoie pas de maquettes : je rencontre quelqu’un. Et si cela se passe bien humainement, alors, on pourra peut-être travailler ensemble”. Pas question, manifestement, de tomber n’importe quoi. “Il faut se battre pour que son boulot soit reconnu par les gens”, précise-t-il. En marge du système si il le faut, sans forcément passer sur les radios. Mais en continuant à travailler, travailler, encore travailler.

“Si Johnny Halliday me propose sa première partie, je ne refuserai pas de jouer devant 80 000 personnes. Mais franchement, faire de la musique pour que les gens frappent dans leurs mains sans réfléchir dans un réflexe quasi pavlovien, ce n’est pas mon truc. Pourvu que je puisse toujours faire mes courses tranquille, et me promener sans être assailli par des fans hystériques…” On le sent sincère. Y compris lorsqu’il fait comprendre qu’après tout, on a le public que l’on mérite.

Les tagliatelles ne sont pas complètement terminées. On a bu de l’eau. On n’a pas vraiment vu le temps passer. Travailler ? Mais comment ? Ecrire en enchaînant les concerts, ce n’est pas si facile ? Si, manifestement. “Je compose à la guitare. ma vieille gratte, que j’avais à 15 ans, peut me suivre dans n’importe quelle chambre d’hôtel. Et, là je peux écrire. Il suffit d’un facteur déclenchant.” Quel genre ? “J’écris plus facilement une chanson après avoir écouté Michel Onfray qu’après avoir regardé le JT”. En ce moment, il lit La République, de Platon. “Ca rassure sur la nature humaine autant d’intelligence étalée sur du papier”.

Et pas que sur le papier. Juste avant l’addition, c’est d’Internet qu’on se remet à parler. Romain Dudek a tout ce qu’il faut en ligne. Un site, programmé par l’artiste, un MySpace, comme n’importe quel membre de la communauté musicale aujourd’hui, et un blog. “J’adore ça. J’incite les gens à participer de manière créative. J’ai lancé une série sur le thème ‘pourquoi les gens ont voté Sarkozy’, ou un concours de commentaires… ” Romain Dudek n’est pas seulement un chanteur, un musicien, un ingénieur du son, un compositeur ou un amateur de pâtes : c’est aussi un blogueur.

C’est l’heure de se séparer. Romain Dudek a un rendez-vous à Paris. Nous quittons la Place Saint-Marc, ensoleillée. Pas de photo. “Je n’aime pas ça, tu n’as qu’à en prendre une sur mon site.” Finalement, il promet d’en envoyer une, inédite. On se sert la main. Tout bien pesé, la photo, je la pique sur Internet. Il a la même casquette, dirait-on, qu’au restaurant. Je ne veux pas déranger. Et je me dis que j’aurais pu aussi photographier le plat de tagliatelles.

Romain Dudek sera à Rouen, dans le cadre des Terrasses du Jeudi, en concert gratuit, le 19 juillet à 20h. Il sera, avant cela, à Eu, le 7 juillet à 20h.

Toutes les dates sur son MySpace.
Le blog de Romain Dudek
Le site officiel de Romain Dudek

Discussion

5 commentaires pour “Déjeuner avec Romain Dudek”

  1. perso, ce genre d’artiste qui critique le système ça m’enerve un peu: il ne va pas ns faire croire qu’il ne souhaite pas vendre de disques… de +, il n’a pas l’air très tolérant, sait il que la musique est subjective? il en faut pr tous les goûts

    Posté par edouard lefevre | juin 5, 2007, 11:14
  2. C’est vrai, c’est mieux de pas critiquer le système. De fermer sa gueule et de faire la soupe dont tout le monde veut…

    Mais tu as du lire un peu vite, Eoduard. Il dit qu’il refuserait pas de jouer devant 80 000 personnes, justement. Ensuite, si tu pense que Lorie, c’est de l’Art, libre à toi.

    Posté par Gérard | juin 5, 2007, 12:40
  3. pas tout à fait d’accord avec toi édouard, je ne connais pas encore la musique de dudek, mais il me paraît avoir la tête sur les épaules et savoir où il veut aller… peut-être es-tu fan de delerm ;-)
    en revanche je suis d’accord avec toi la musique et l’art en général sont subjectifs, enfin je pense.

    Posté par grozours | juin 5, 2007, 17:53
  4. Son dernier Album: La Poésie des Usines” est excellent.

    Je vous conseille le découvrir le 19 juillet.
    en attendant vous pouvez écouter et télécharger plusieurs chansons sur son site et My Space.

    Posté par Guillaume | juin 6, 2007, 13:55
  5. [...] Romain Dudek est saignant. Intermède musical. [...]

    Posté par Grand Rouen » Culture| » On peut pas tout faire à la scie circulaire | mars 27, 2008, 10:21

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