Contre le mariage pour tous

Alexandre le Ricque au micro lors de la manifestation rouennaise du 13 octobre 2012

On avait donné rendez-vous à Alexandre Le Ricque sous le Gros Horloge. Voie piétonne oblige, l’homme arrive en poussant son vélo. Il l’attache là, nous prenons un café. Il explique. C’est lui le coordinateur et le porte-parole de la manif pour tous. Une manifestation nationale contre le mariage gay. Enfin, non, plus précisément pour la tenue d’états généraux de la famille qui remette à plat les questions familiales, et qui donne le temps de réfléchir aux conséquences du mariage pour tous.

Alexandre Le Ricque est également le responsable local d’Alliance Vita, l’association fondée par Christine Boutin en 1993, qui milite contre l’avortement. Son leitmotiv, au cours de l »entretien sera « l’intérêt de l’enfant ». « On veut rappeler qu’on est tous nés d’un homme et d’une femme et qu’on ne peut pas délibérément créer des situations dans lesquelles on ferait croire à l’enfant qu’il serait issu de deux personnes du même sexe ». C’est l’enfant qui serait mis en danger dans ce cas. Pourquoi ? Parce qu’une étude le démontrerait. « Il n’y a aucune raison que le principe de précaution ne s’applique pas là comme ailleurs », soutient Alexandre Le Ricque.

Une étude scientifique, selon le militant. Celle de Mark Regnerus, qui prouverait, entre autres choses, qu’un enfant aurait bien plus de risques de subir des attouchements avec un parent homosexuel qu’avec des parents en couple hétérosexuel stable. Une étude qui, quoi qu’en dise Alexandre Le Ricque a provoqué bien des remous aux Etats-Unis, notamment à cause du classement qui y est fait des structures familiales, dont l’auteur a dû admettre lui-même qu’il n’était sans doute pas opportun. (en anglais, l’article du sérieux New-York Times sur la question)

Mais, pour Alexandre Le Ricque, aucun doute, un enfant dans un couple homosexuel serait en danger. « Il a plus de mal à assumer son identité d’homme ou de femme qu’un autre enfant », explique-t-il, même si il admet n’être pas un spécialiste de la question et se référer à des psychologues, des psychiatres, ou même à des homosexuels opposés au mariage pour tous.

Alexandre Le Rique puise sa motivation dans son expérience personnelle. Lui même parent adoptant de « deux petits garçons de 4 ans et 7 ans », il dit avoir pris conscience de l’importance du couple hétérosexuel stable dans son parcours d’adoption. « On est amené à répondre à des questions, à s’interroger sur ce qu’est un bon parent, sur ce qu’est le meilleur environnement pour une enfant », explique-t-il. Et de raconter comment les assistantes sociales de l’aide à l’enfance du Département de Seine-Maritime privilégieraient le couple traditionnel. « Même si un célibataire peut adopter, admet Alexandre Le Ricque. Mais c’est une survivance d’après la seconde guerre mondiale qui pouvait s’expliquer alors, mais qu’on pourrait remettre en cause. »

Il faudrait donc à l’enfant, un papa et une maman. Là dessus, pas de discussion possible Pour Alexandre Le Ricque. Et ceux qui déjà, ne rentreraient pas dans le moule ? « Les accidents de la vie, c’est autre chose, mais faire croire à un enfant qu’il a deux papas, ou deux mamans, ce n’est pas comparable. On ne doit pas organiser ça administrativement », explique-t-il.

Et d’aller plus loin, à titre personnel, cette fois, en considérant qu’on devrait reconsidérer le Pacs, en l’interdisant aux couple hétérosexuels, qui se sépareraient maintenant « trop facilement », « au détriment des enfants »… Et pourquoi pas supprimer le divorce, lui demande-t-on ? « C’est différent, dit-il. Il peut arriver que lorsque toutes les voies sont épuisées, la séparation soit la seule solution. Mais c’est sans doute qu’on n’aura pas pris le temps d’assez réfléchir avant le mariage. Le mariage est un engagement, on ne signe pas un contrat sans le lire. »

Lorsqu’on lui fait remarquer que la majorité de la population ne se reconnait peut être pas dans son analyse, il sort d’une pochette qu’il a préparée pour l’entretien un sondage Ifop. « Si  la  loi  Taubira  devait  être  votée,  les  termes  de  « père »  et  « mère »  disparaîtraient  du  Code  Civil  et  seraient  remplacés  par  les  termes  asexués  et  indifférenciés  de  « parents »  ou  d’ « époux ».  66  %  des  Français  considèrent  que  ce  serait  une  mesure  choquante  ou  regrettable », dit le sondage. Et d’en faire un argument selon lequel les Français seraient majoritairement opposés au mariage pour tous.

La preuve, selon lui : une mobilisation dans les manifestations qui dépasserait les pronostics des militants. « La mobilisation monte au fur et à mesure qu’on explique »… Il se refuse donc à tout pronostic quant aux nombre de participants à la Manif pour tous dont il anime le collectif d’organisation pour la Seine-Maritime. Ce sera le 13 janvier 2013, à Paris, et, déjà, s’organisent les transports en car, les points de rendez-vous, les hébergements éventuels à la capitale… Un travail d’organisation qui demande de l’énergie et la coordination de plusieurs associations locales.

En préalable de la manifestation nationale, le collectif Manif pour tous 76 organise le 7 janvier une réunion débat à la Halle aux toiles, à Rouen, à 20h30, avec Béatrice Bourges, présidente du Collectif pour l’Enfant Franck Meyer, porte-parole du Collectif des Maires pour l’Enfance, qui regroupe 18000 maires et adjoints.

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