Comment on a croisé Jean Lecanuet à Rouen

Jean Lecanuet, c’est un autre temps, la politique comme au siècle dernier, le cumul des mandats, les pom pom girls pour faire campagne, le sourire ultra blanc. Un Kennedy français de province. Ministre, présidentiable, et seigneur sur ses terres. Mais ça, c’était avant. C’était le XXème siécle. Né en 1920, mort en 1993. Un autre temps.

Jean Lecanuet lors de l'inauguration du Musée des Beaux-Arts à Rouen, avec le ministre de la culture, Jack Lang. Photo inédite de Guillaume Painchault

Jean Lecanuet lors d’une inauguration du Musée des Beaux-Arts à Rouen, en 1992, avec le ministre de la culture, Jack Lang. Photo inédite de Guillaume Painchault

Vendredi 22 février 2013, on commémore le 20e anniversaire de la mort de Jean Lecanuet, maire de Rouen de 1968 à 1993. 25 ans de règne. Ce ne sont pas les bilans qui vont manquer : chacun ira de son souvenir du Roi Jean. Peu pour en dire du mal. Forcément. Vingt ans après, il y a prescription.

Cumulard, Jean Lecanuet l’était. Impossible de dire sans notes tout ce qu’il faisait en même temps, ministre, maire, président du conseil général, député européen, député, sénateur… C’était une autre époque.

Jean Lecanuet, c’était le plus jeune agrégé de philosophie en 1942 en France. Un résistant, ensuite, et même pour avoir sauvé des Juifs, un « Juste parmi les nations ». Un prisonnier évadé, aussi. La seconde guerre mondiale a eu ses héros. Mais ce n’est peut-être pas ce qui a le plus marqué les Rouennais.

On croisait Jean Lecanuet dans les cérémonies officielles. On le croisait aussi dans la rue. C’est ce souvenir là qui me reste. Et l’on peut bien le raconter aussi. C’était rue du Gros Horloge, la rue qu’il avait rendue piétonne. J’étais là, à distribuer des tracts, des prospectus commerciaux pour inciter le quidam à aller jusqu’au fast food un peu plus loin. Celui qui, depuis, a fermé. On est en toute fin d’après-midi. Il n’y a presque plus personne dans la rue.

Comme à n’importe qui, je tends un papier à Monsieur le maire. On est en 1988 ou 1987. Il le prend, ou le refuse. Mais surtout me désigne la rue dans mon dos : « Regardez ce que vous avez fait ». Derrière moi, au sol, des dizaines, peut-être des centaines de prospectus jetés là par ceux à qui tout l’après-midi, je les ai tendus. « Regardez ce que vous avez fait », me dit donc le Roi Jean, à qui je réponds, du haut de mes 20 ans : « Mais, monsieur, ce n’est pas de ma faute s’il n’y a pas assez de poubelles dans la rue ». C’est que le maire, c’est lui, non ? Notre échange s’arrête là. C’est ma rencontre avec Jean Lecanuet, l’image que je garderai de lui.

Jean Lecanuet, c’est le candidat à la présidentielle qui a mis en ballottage le général De Gaulle en 1965. Fondateur du centre, il est le créateur de l’UDF. Soutien de Valery Giscard d’Estaing.

Jean Lecanuet, c’est, à Rouen, et en vrac : la rue du Gros-Horloge piétonne, l’église Jeanne d’Arc, le pont Mathilde, le tunnel de la Grand’Mare. Un bilan que d’aucuns considèrent positif, pour celui qu’on appelait « Le Roi Jean ». Mais un bilan d’un autre temps, avec la construction, en périphérie, de quartiers populaires, au détriment d’une mixité sociale dont on n’a découvert que plus tard l’intérêt.

Jean Lecanuet est devenue une icône. On ne doit pas en dire de mal. Il n’avait pourtant pas préparé sa succession. Laissé une droite et un centre en friche à Rouen, se battant, se déchirant. Et laissé la gauche l’emporter, disent certains, aux élections suivant son décès.

Pour dire du bien, ils seront nombreux, le 22 février 2013 à Rouen : les locaux qui tiennent le flambeau, déjà vacillants, Pierre Albertini et Patrick Herr. Et puis les nationaux : François Bayrou, Pierre Méhaignerie, Jacques Barrot, voire Bernard Bosson. Et peut-être même l’ancien président de la République, Valery Giscard d’Estaing.

L’hommage à Jean Lecanuet débutera à 14h30 sur sa tombe à la salle capitulaire en  l’abbaye de Saint-Martin-de-Boscherville. Un emplacement obtenu sur dérogation, et en créant la polémique. De 16h et 18h30, une rencontre est prévue à la Halle aux Toiles, à Rouen. Pour finir ce sera une messe en l’église Jeanne d’Arc, à 19 heures.

Sans doute, dans les rues de la ville une opération de street marketing aura lieu au même moment, et des prospectus seront distribués. Pour vanter un fast food, ou un réseau social. Des papiers seront jetés à terre, non loin de poubelles, nombreuses et débordantes. Une autre époque, on vous dit.

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2 réflexions au sujet de « Comment on a croisé Jean Lecanuet à Rouen »

  1. J’ai moi aussi des souvenirs…nombreux! Le plus ancien, Jean Lecanuet, énarque, pas encore maire, c’était Benard Tissot!
    La photo prise par Guillaume Pinchault au musée des Beaux-Arts, inédite, j’ai la même!
    C’est vrai JL a réalisé beaucoup de choses à Rouen. Beaucoup moins bien, le rejet des populations « modestes » sur les plateaux nord-est ( Sapins et Gd Mare) mais pas le tunnel sous la Gd-Mare. c’est le combat d’une association à laquelle j’appartenais, soutenue par le nouveau député socialiste d’alors, Michel Bérégovoy! Et inauguré par son frère,ministre( j’ai les photos)…. Souvenirs, souvenirs!

    • Concernant la photo, Guillaume n’était peut-être pas seul sur les lieux, mais ce négatif, il l’a sorti et numérisé devant moi pour l’occasion. Grâces lui en soit rendues

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