A Rouen, les cafés sont mis en attente

Cafés suspendus ou mis en attente. Une initiative solidaire que pratiquent trois commerçants rouennais : ils proposent aux clients d’offrir un café à une personne dans le besoin.

« Je lui aurais bien donné une pièce, mais si c’est pour qu’il la dépense dans de l’alcool, c’est pas la peine » ou encore « J’lui ai proposé de lui acheter un sandwich, il n’a pas voulu ». Des phrases que l’on entend souvent concernant les personnes qui font la manche.

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Stéphanie, 33 ans, habitante du centre-ville de Rouen, a décidé de prendre le problème à bras-le-corps. Il y a quelques mois, elle voit passer sur Facebook, un événement des indignés, évoquant les cafés suspendus ou en attente. Cette tradition est née à Naples, en Italie, il y a quelques années. L’idée est d’acheter un café dans un bistro mais de ne pas le consommer : on le laisse à une personne dans le besoin qui viendra le réclamer. Peu à peu, l’initiative se répand en Europe, en France et à Rouen depuis un mois. « J’ai trouvé que c’était une bonne idée et qu’il fallait passer à l’action, apporter sa petite pierre pour changer le monde », se rappelle Stéphanie, éducatrice spécialisée.

Habituée du Zèbre à Pois, 17 rue aux Ours à Rouen, elle se rapproche de son patron, Olivier, et lui explique le concept. Depuis un mois, le Zèbre à Pois distribue ses cafés, « un moyen de faire plaisir facilement », selon Olivier. Le principe est simple. Le donateur donne la monnaie pour le café. Sur un ticket, le serveur note le prénom du généreux. L’initiative est anonyme mais reste « conviviale ». « C’est plus sympa de dire à la personne Tenez, c’est Sylvie qui vous offre un café », commente Olivier.

Stéphanie s’est aussi tournée vers son voisin le boulanger du Croissant Doré, au 42 rue de la Champmeslé. Là, depuis une semaine, il y a des cafés en attente et aussi des sandwichs. « Cela permet aux gens de manger, plutôt que de donner une pièce à ceux qui quémandent pour qu’ils finissent par s’acheter une bouteille de vin », assure Christine, la patronne de la boulangerie. Le troisième café suspendu, c’est le bar de nuit Zooloo Pub Roi Né au 79 rue Cauchoise. « Mais ça fait des années que le patron accueille des SDF le soir. En participant à l’action, il ne fait que formaliser quelque chose qu’il faisait déjà depuis longtemps », selon Stéphanie.

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Sylvain du Zèbre à Pois

Pour le moment, le Zèbre à Pois dispose d’environ quarante cafés suspendus et en a déjà servi une vingtaine. C’est que les personnes à qui ils sont destinés ne sont pas encore au courant. Pour que l’information circule, les trois commerçants comptent sur les médias, les associations mais aussi sur les gens. « Celui qui vient de mettre un café en attente peut ensuite, dans la rue, prévenir quelqu’un qui en a besoin« , estime Sylvain du Zèbre à Pois, qui raconte être déjà allé chercher devant la poste voisine, une personne qui faisait la manche.

Les cafés suspendus ne sont pas seulement destinés aux sans-abris, prévient-on. « C’est aussi destiné aux étudiants qui n’ont pas les moyens de se payer un café ou aux personnes âgées qui ont du mal à joindre les deux bouts », donne en exemple Olivier du Zèbre à Pois. Les commerçants se gardent d’ailleurs le droit de décider si ces personnes sont vraiment dans le besoin.

CAFEPour le moment, ils ne sont que trois à participer à l’action à Rouen. Des boutiques dans lesquelles Stéphanie a confiance : « Comment peut-on savoir si l’argent des cafés ne va pas être gardé ? » Pour l’avenir de cette jeune initiative, l’éducatrice spécialisée pense à une association. Même si, elle préfère pour le moment « que ce soit un truc qui appartienne à tout le monde ».

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