« Ca bouillonne à la ferme des Bouillons »

Depuis bientôt un mois, la ferme des Bouillons est occupée par des militants qui refusent sa destruction par le promoteur immobilier Immochan. 

Olympe et Sascha occupent la ferme des Bouillons

Pour accéder à la ferme des Bouillons à Mont-Saint-Aignan, il faut passer devant la zone d’activité de la Vatine, prendre la route d’Houppeville vers la forêt Verte, passer au-dessus de la quatre-voies, ralentir et prendre à gauche le chemin parsemé d’ornières, passer devant les jardins familiaux, commencer à sentir l’air de la campagne, continuer jusqu’au bout de l’impasse. Ca y est, vous-y êtes ! C’est vrai que l’on ne s’attend pas à trouver ici, à proximité d’une zone commerciale, une ferme datant au moins du 18ème siècle. « Pendant la construction de la rocade, on aurait même trouvé des vestiges gallo-romains dans les environs », avance Sascha, 24 ans, ingénieur agronome et militant de l’association pour la protection de la ferme des Bouillons.

En janvier 2012, les 2500 m² d’habitation et 4 hectares de terres arables étaient vendus au promoteur immobilier Immochan. En juillet 2012, le groupe immobilier obtenait de la mairie de Mont-Saint-Aignan l’autorisation de détruire les illustres murs. Prévenus tardivement du projet de démolition, les défenseurs de l’agriculture alternative se sont très vite mobilisés et occupent le site et ses dix bâtiments depuis le 6 décembre 2012.

Selon l’association, ce projet de démolition est illégitime, puisqu’Immochan n’a pas de projet pour l’avenir du site. Un hypothétique projet difficile à mettre en place, puisque selon le plan local d’urbanisme (PLU), la zone n’est pas constructible en l’état. L’association réclame notamment que le PLU soit révisé et que la ferme des Bouillons soit -comme elle l’était jusqu’en 2007- réinstaurée zone agricole et redevienne donc non-constructible.

Quelques jours après le début de l’occupation, le maire de Mont-Saint-Aignan, Patrice Colasse aurait contacté Immochan pour demander au promoteur de ne pas expulser les occupants de la ferme. Une requête qui aurait été acceptée par le groupe, mais rien d’officiel.

L’association s’appuie aussi sur la politique 2012 de la Crea en matière agricole, visant à promouvoir la production locale et les filières courtes. Des projets favorables à la création d’emploi. Alors, on essaie de « faire revivre la ferme » dont l’élevage de poules par les anciens propriétaires a cessé il y a dix ans. Chaque semaine, l’association invite le public à venir découvrir les lieux. Des moutons et des chèvres, « confiés » par des agriculteurs du coin occupent les champs, tandis que les militants ont investi la maison, encore habitée l’année dernière.

Des banderoles indiquent en arrivant à la ferme que nous sommes au bon endroit. Sur la droite, une petite longère des années 50 aux vieilles poutres. Sur la porte de la maison, les affichettes annoncent la couleur : « Ça bouillonne aux Bouillons ». L’entrée est calme, mais des bottes crottées sont rangées près de la porte. Leurs propriétaires sont dans la pièce du fond, attablés autour de leur déjeuner, près d’un feu allumé dans la cheminée. Ils nous accueillent comme si nous faisions partie de l’association. Depuis sa création, une centaine de personnes y aurait adhéré. Ils sont une demie-douzaine à loger dans la ferme depuis.

Tous originaires de l’agglomération ou de Paris, pour au moins une, ils ont comme fer de lance la protection du patrimoine et de l’agriculture micro-locale. Cédric, a monté avec des amis un collectif de maraîchers auquel ne manquent plus que les terres. Et pourquoi pas la ferme des Bouillons ?

Ils sont étudiant en langue, futurs maraîchers, ingénieurs agronomes, retraités. Tous tiennent à sauver la ferme et chacun met la main à la pâte. Les uns pour débroussailler un carré qui sera transformé en potager, les autres pour refaire les clôtures ou remettre en état des box pour les chèvres. Une ambiance bon enfant pour un combat qu’ils ne sont pas prêts à lâcher. Même pour le réveillon, les militants étaient de faction. Quelques agriculteurs de la Confédération paysanne s’étaient invités.

En partant, nous observons un hurluberlu posté en haut d’un arbre. « Nous allons construire une cabane pour que la Ferme des Bouillons ait plus de visibilité« , explique Sascha. Histoire que leur action ne tourne pas… au court bouillon.

  • Le blog de l’association pour la protection de la ferme des Bouillons
  • Grand Rouen avait découvert cette affaire en octobre

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4 réflexions au sujet de « « Ca bouillonne à la ferme des Bouillons » »

  1. A lire l’article l’action bénêt des bobos verts est un miracle. On ne peut construire de ferme bio en plein centre ville: c’est tout simplement grotesque. On me dira qu’il y a des vignes à Montmartre : mais c’est pour le foklore. De plus cet espace est privé, et les gens ne sont donc pas assurés. Si un enfant se blesse qui en prendra la responsabilité. Les agriculteurs doivent vivre à la campagne et non à la ville. De plus en plus d’agriculteurs ont du mal à vivre. On entretient l’idée d’un monde paradisiaque qui n’a jamais existé. Les agriculteurs autrefois tous bio puisqu’il n’ y avait aucun pesticide, ont cependant chercher à augmenter le rendement en utilisant les marnes et en creusant des marnières dont souffre aujourd’hui tous les habitants qui craignent d’avoir des cavités sous leurs habitations. Cette occupation c’est du pipeau pour des gens qui sont restés des enfants attachés à un monde hédonique qui n’a jamais existé

  2. Mr Guillaumefichet, votre « réflexion », si l’on peut l’appeler ainsi, me semble énoncer des contre-vérités, tout au moins une méconnaissance de la réalité.
    1- nous ne sommes pas des « bobos verts » mais pour la plupart des techniciens sachant de quoi ils parlent (ingénieurs agronomes, agriculteurs, militants et/ou élus politiques / syndicaux, et écologistes responsables!)
    2- qu’est-ce qui vous permet d’affirmer l’impossibilité de créer une ferme bio en ce lieu ? A cause des routes avoisinantes ? Avez-vous les résultats des analyses des terres de cet espace encore naturel ? Et, de plus, si vous connaissiez vraiment l’endroit, vous constateriez que ce n’est pas « en pleine ville » ! Et les jardins URBAINS qui jouxtent cette ferme, vous en faites quoi ? Croyez-vous que ceux qui les cultivent se sentent en pleine ville ou sont-ils heureux de ces espaces verts où poussent légumes, fleurs…
    3- Cet espace est certes privé mais que savez-vous des assurances prises ou non par l’association en question ?
    -4 peut-être sommes-nous effectivement restés des enfants (quel bonheur de garder cette part en l’adulte – peut-être est-ce qui vous manque pour encore rêver d’un monde meilleur ?) mais nous pensons surtout à nos enfants (et oui, même les « bobos verts » font l’amour et procréent, c’est fou, non ?!) et à leur avenir dans ce monde de + en + pollué avec de – en – de terres agricoles. Un monde qui semble vous convenir. Profitez-en bien car de toute façon, avec le genre de consommateur que vous semblez être , il disparaîtra un jour.

  3. Je n’est rien à ajouter à cette réponse pertinente sinon que ce lieu est superbe, convivial et j’ai eu la joie de le découvrir ce samedi 20 avril, grand moment de mobilisation pour sa sauvegarde. Il n’y a pas que des « bobos » mais beaucoup de monde de tout horizon et de tout âge!

  4. Il suffirait de faire une analyse de la terre pour voir qu’elle est probablement aussi polluée que celle du « Fond du Val » Où P. Léautey voulait déjà installer des maraîchers bios… On sait ce qu’il est advenu du projet… et de Pierre Léautey, d’ailleurs

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