Bernard Pivot saisit la question

Bernard Pivot était à Rouen samedi 1er décembre pour rencontrer ses lecteurs à L’Armitière. L’occasion d’une discussion autour d’un bon déjeuner et d’une bouteille de vin.

Le vin, pour commencer, c’est la Cuvée Bernard Pivot. Pas tous les jours qu’on boit les paroles d’un convive et son vin. Du nectar, dans tous les cas. La cuvée, c’est un Beaujolais-Villages, de là d’où Pivot vient. Ses racines, et ce en quoi il aimerait se réincarner : un cep de vigne. L’animateur d’Apostrophe est aussi l’auteur du Dictionnaire amoureux du vin. Il vieillit bien, d’ailleurs. Et c’est pour un autre livre que l’encore septuagénaire est en ville.

Il vient parler de Oui, mais quelle est la question ? Une fiction, presque un roman, mais sans la prétention de l’écrire sur la couverture. Avec ce qu’il faut dedans d’autobiographie pour qu’on cherche à discerner le vrai du faux. L’histoire d’un homme, journaliste, intervieweur, qui pose des questions, dans son métier, mais aussi dans sa vie privée, au risque de faire fuir ses femmes et de lasser ses amis. Une sorte de double de Bernard Pivot. Alors on lui pose des questions. Tel épisode du livre, c’est vrai ? C’est faux ? Parfois, il dit que c’est vrai, d’autres fois, il refuse de répondre. Mais on le soupçonne de vouloir brouiller les pistes, pas trop en dire, pas trop en  laisser paraître. Que le doute plane. Cette histoire des questions, qu’on se pose, qu’on pose à l’autre, auxquelles on répond, ou pas, le vrai, ou pas, c’est le coeur du livre et de son métier d’intervieweur. Il s’en délecte.

Déjeuner avec Pivot, c’est comme rembobiner de vieilles cassettes du magnétoscope. Et de convier à table Sagan, Soljenitsyne, Simenon, Semprun, Duras, Yourcenar, Bukowsky… Et ceux qui, malheureusement n’ont pas joué le jeu : René Char, Emil Cioran. « Vous inviteriez-vous si vous le pouviez ? », demande-t-on à l’auteur que Bernard Pivot est devenu. « Certainement pas le jeune homme de 1959″, dit-il. « Mais aujourd’hui, pour ce livre, oui », concède-t-il ensuite. Et l’on imagine Bernard Pivot interviewé par Bernard Pivot. Et les questions qu’il saurait se poser auxquelles il ne saurait que répondre.

Déjeuner avec Pivot, c’est aussi plonger dans la modernité. Et en apprendre un peu plus sur celui qui twitte tous les matins. Trois quart d’heure environ, le temps de répondre à quelques interpellations, quelques compliments, quelques questions, et d’écrire cinq ou six twitts. Des aphorismes, des cascades d’aphorismes, des citations… « J’aime la contrainte des 140 caractères, la brièveté imposée. Cela me rappelle mes débuts au Figaro Littéraire. » Voilà un peu moins d’un an qu’il twitte : « J’ai voulu comprendre comment cela fonctionnait au moment des révolutions arabes. Je me suis inscrit sur Twitter à Noël 2011. J’ai compris très vite. » Tous les soirs, il lit l’intégralité des messages de ceux qu’il suit. Une petite soixantaine de personne. Cela lui prend une vingtaine de minutes. « Je ne comprends pas comment on peut suivre plus de monde », s’interroge-t-il. Ni ce qui pousse à twitter au fil de la journée ses moindres faits et gestes au lieu de profiter des événements. De ses aphorismes quotidiens, il y aurait de quoi faire un livre. Il ne dit pas non. « Il faudrait faire le tri », dit-il. Il n’y aurait pas grand chose à jeter, se dit-on. Mais la moindre des choses est de se poser la question.

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