Stendhal à la recherche de Corneille
En arrivant, je suis allé tout seul rue de la Pie, voir la maison où naquit en 1606 Pierre Corneille; elle est en bois, et le premier étage avance de deux pieds sur le rez-de-chaussée; c’est ainsi que sont toutes les maisons du moyen âge à Rouen, et ces maisons qui ont vu brûler la Pucelle sont encore en majorité. La maison de Corneille a un petit second, un moindre troisième, et un quatrième de la dernière exiguïté.
J’ai voulu voir de son écriture, on m’a renvoyé à la bibliothèque publique: là, dans un coffret recouvert d’une vitre, et sur le revers de l’Imitation traduite en vers français, j’ai étudié trois ou quatre lignes, par lesquelles ce grand homme, vieux et pauvre, et négligé par son siècle, adresse cet exemplaire à un chartreux son ancien amy. Le savant bibliothécaire a placé à côté du livre un avis ainsi conçu: « Ecriture de la main de Pierre Corneille. »
J’ai compté neuf lecteurs dans cette bibliothèque; mais j’y ai entendu un dialogue à la fois bien plaisant et bien peu poli entre deux prétendus savants en archéologie gothique. Ces messieurs étaient l’un envers l’autre de la dernière grossièreté, et d’ailleurs ils ne répondaient à une assertion que par l’assertion directement contraire; ils n’appuyaient leur dire d’aucun raisonnement. Cette pauvre science ne serait-elle qu’une science de mémoire?
Mémoires d’un touriste, Stendhal, 1838


Merci, Seb, de ce petit extrait de Stendhal, touriste chez nous
Une petite précision : Corneille n’a jamais été pauvre. C’est une légende qui est née de ce qu’à la fin de sa vie la pension que lui versait le roi lui a été un temps supprimée (mais Corneille l’a récupérée avant de mourir). Il a pu vivre très correctement grâce à son métier d’auteur et à d’autres revenus (fermages, etc), puisqu’il a longtemps été avocat du roi. Il a pu ainsi doter ses filles, et acheter des brevets militaires à 2 de ses fils. Les artistes ne sont pas tous “maudits”, en tout cas pas tout leur vie (Molière, Racine : belle aisance aussi à la même époque, même si Molière a bouffé de la vache enragée au début). En revanche il semble que Corneille ait été un peu “près de ses sous”, donc pas de carrosse, et s’habillait modestement
Il y a un petit livre très complet et même assez pointu sur Corneille, dû à un spécialiste du XVIIe s, Christian Biet, édité en 2006 grâce au Conseil Général de Seine-Maritime, exemple intelligent et discret de “sponsoring” de la part de cette collec tivité territoriale ; titre : “Moi, Pierre Corneille”, collection Découvertes Gallimard
J’ajouterai, sans chercher de transition artificielle : “Allez les Bleus ! Z’êtes les meilleurs !”
9 juillet 2006 à 15:23
La visite sensorielle à pieds nus de la maison de Pierre Corneille 4 Rue de la Pie, c’est du mercredi au dimanche de 14h à 18h.
Entrée libre.
Renseignements: 02 35 71 28 82
et le spectacle Horace de Corneille à l’Aître St-Maclou par 15 élèves de 19 à 27 ans de la classe d’art dramatique du CNR, c’est à 21h les 10,11,12,15 et 16 Juillet 2006.
Entrée libre.
Renseignements: 02 32 08 13 90
(Source Rouen magasine n°247 page
10 juillet 2006 à 0:48
Ainsi que Place Royale, une représentation en plein air de cette pièce de Corneille par la troupe de Catherine Delattres, qui après Rouen, du 1er au 4 juillet à l’aitre Saint-Maclou, déménage à Saint-Pierre de Manneville (Manoir de Villers) les 11 et 12 août prochains.
Renseignements : 02 35 71 63 61
(Source Agglo MAG n°50 page 20)
10 juillet 2006 à 8:35