Anina court les tournages, les radios et les plateaux télé. Ces jours-ci, la jeune femme devient la coqueluche des médias. TF1, France Inter, RTL, bientôt M6 et les autres… On se l’arrache. Jusqu’au premier ministre roumain qui, dit-on, aimerait pouvoir la rencontrer. Pas rien pour une immigrée tzigane de Roumanie arrivée en France à 7 ans et qui se prépare à devenir magistrate.
Derrière Anina, il y a Frédéric Veille, journaliste, correspondant de RTL à Rouen, Frédéric Veille n’en est pas à son coup d »essai. En 2004, il se fait connaître avec le livre témoignage de Vincent Humbert : Je vous demande le droit de mourir. C’est l’éditeur Michel Laffont lui-même qui lui avait demandé ce premier livre. Une aventure qui l’a bouleversé, mais qui l’a aussi fait plonger dans le monde de l’édition du livre de témoignage.
En août 2012, quand il entend l’histoire d’Anina, racontée par un confrère sur RTL, il bondit sur son téléphone. Cette histoire là, il veut la raconter. « Je suis parti à Lyon pour convaincre Anina. On a pris un verre le lundi soir. Elle ne voyait pas pourquoi raconter son histoire. Il a fallu gagner sa confiance. Dès le mardi matin, on commençait les entretiens enregistrés ».
C’est la méthode de travail de Frédéric Veille. Des entretiens, sur un temps très court, très dense. Là, ils ont été enregistrés sur quatre jours. « Elle avait des souvenirs, occultés, il y avait des choses dont elle ne voulait pas parler… Elle ne gardait rien des six ou huit mois passés dans un camps en Italie lorsqu’elle avait sept ans, en fuyant la Roumanie. J’ai retrouvé un film sur le web, que je lui ai montré… Elle était en pleurs : c’est le camp où elle a passé plusieurs mois. Dans le livre, j’ai adouci la violence de ce qu’elle a pu vivre. »
Résultat, il noue une relation de confiance, durable. Lorsqu’il rentre à Rouen, Frédéric Veille fait transcrire les sons, qui sont tapés au kilomètre. Puis, pendant deux semaines, il s’enferme pour écrire, nuit et jour. « Je me mets à fond dedans, dans l’histoire, je ne sais pas écrire autrement. Il faut que tout se passe dans l’intensité ».
C’est de ce premier jet qu’Anina fait son livre, relit, corrige, retranche dans ses paroles remises en forme. C’est son histoire.
« Cette histoire m’a touché. Anina est une rencontre qui m’aura changé », explique Frédéric Veille qui avoue ne plus regarder de la même façon celles qui tendent la main, assises sur un trottoir. « C’est une histoire forte, et Anina est exceptionnelle », conclut-il. Et les lecteurs ne s’y trompent pas. Le livre, sorti le 1er mars à 10 000 exemplaires, est déjà réimprimé au bout de deux semaines. Une belle revanche alors même qu’il n’a pas été possible d’écrire le mot Rom trop gros sur la couverture du livre, et qu’on lui a préféré Tzigane, pour ne pas faire peur aux libraires.
Un tourbillon médiatique et politique qui ne fait que commencer, de quoi faire d’Anina l’étendard des Roms de Roumanie. Là-bas, un éditeur pense déjà à une traduction. Anina, elle, ne se trompe pas d’objectifs, et ne se consacre à la promotion du livre que dans la mesure ou cela ne l’empêche pas d’obtenir les meilleures notes possibles à l’université. Parce que, comme le rappelle Frédéric Veille : « il ne faut pas se tromper de priorités ».
- Je suis Tzigane et je le reste, Anina, avec Frédéric Veille, City Editions 2013, 14,90 euros
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