Alain Aubourg : l’homme qui rend la Cathé drôle

Play with cathedral est sorti. Samedi 8 décembre 2012, l’auteur signait les premiers exemplaires chez l’éditeur. Acras de morue, brioche et saucisson sec, vin rouge ou blanc, jus d’orange. Des politiques à profusion, de l’UMP aux écolos. Un adjoint au maire, au moins, et d’autres qui l’ont été. La famille, les éditeurs, les amis. Les vieux de la vieille. Serrés, à faire la queue pour un regard et une dédicace.

Au fond, derrière sa table, Alain Aubourg, dit Le Major, tamponnant les exemplaires, une signature à qui le demande. Une lueur dans le regard, du bonheur, qu’on ne lui a pas toujours connu. Et sociable en diable.

Le moment, chacun le reconnait, a quelque chose d’émouvant. L’homme là-bas, on le suit depuis plusieurs années sur le web. Ses travaux autour de la cathédrale de Rouen ne datent pas d’hier. Bricolages, et collages, un à un, ils font sourire. Réunis, sur papier, ils prennent la lumière autrement. La série, 250 environ dans le livre, des détournements de la cathédrale, souligne et les goûts et les dégoûts de l’auteur.

Petit à petit, la cathédrale a pris vie. Elle s’est invitée dans des toiles célèbres, et des bandes dessinées, elle a revisité l’histoire, elle a raconté les jours qui passent, les grands et les petits événements. D’abord exercice de style, elle est devenue personnage, et parfois, on le soupçonne, un peu plus que ça : amie, confidente…

La flèche de la cathédrale est ici moins souvent le regard de l’homme vers le ciel que le trait tiré par Le Major vers ses contemporains. Un trait d’arbalète, visant juste, un trait d’union, parfois, espérant la connivence. Un trait d’ironie, la plupart du temps. Parce qu’il ne faut sans doute pas prendre tout cela trop au sérieux.

Il y aura des exégètes pour se pencher sur les Cathédrales du Major. Une cathédrale tous les trois jours, en moyenne, pendant quatre ans et demi. De quoi dire. Et un peu plus de la moitié dans ce livre là. On balaye, pour ceux qui savent, quelques uns des projets urbanistiques de la ville, quelques soubresauts politiques : c’est peut-être ce qui vieillira le plus vite, mais cela fait partie de l’histoire.

La cathédrale trouve sa place partout, dans tous les contextes, et c’est le tour de force d’Alain Aubourg : tout est possible, rien n’est interdit. Elle traverse le monde, de Rio à Athènes, et même sur la lune. A la flèche, il fait tout subir, il fait tout faire, les tours les plus acrobatiques et les plus improbables. Iconoclaste, littéralement, il n’a pas le respect facile. Et la Cathédrale en prend pour son grade.

C’est aussi l’histoire de l’art et l’histoire des images revisitées, des peintures classiques aux images des films de science-fiction : on traverse au fil du livre tous les genres et tous les styles. La flèche mue, s’adapte, se change et se transforme, traverse les courants picturaux, voyage dans le temps. Le talent de l’auteur ? Avoir su choisir, toujours, ce qui pouvait faire référence, d’Hergé à Magritte, de Moëbius à Monet. On en passe, et des pas plus mauvais.

On aura fait la queue, comme tout le monde, et l’on sera reparti heureux, sa dédicace sous le bras. On aura repris un acra, aussi, et peut-être un verre de vin. En se disant que, demain, on l’espère, une nouvelle Cathédrale sur le blog du Major viendra nous surprendre.

  • Play with Cathedral, Alain Aubourg, éditions Point de vue, 20 €
Les photos sont de Guillaume Painchault

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