Savez-vous ce qu’il y a après la mort ? Pas facile de répondre à cette question et pourtant 6 personnes, cachés dans un bâtiment du CHU de Rouen, peuvent vous apporter un début de réponse…
On les appelle les agents de chambre mortuaire. Un métier peu connu qui a pourtant une grande importance dans l’accompagnement psychologique de la famille et des proches du défunt. A mon entrée dans la bâtiment, le silence m’a tout de suite frappée comme si je rentrais dans un havre de paix. Thomas Galindo, 31 ans, agent de chambre mortuaire au CHU de Rouen depuis 7 ans a accepté de lever le mystère sur cette profession.
En quoi consiste le métier d’agent de chambre mortuaire?
Être agent de chambre mortuaire consiste à préparer les corps en vue de les présenter à la famille. Nous avons également un rôle d’écoute et d’accompagnement psychologique très important car nous côtoyons des familles qui sont dans le deuil, la douleur donc il faut avoir du tact, être très réactif et surtout être à l’écoute pour savoir dans quel état d’esprit elles se trouvent. Il ne faut pas nous confondre avec des thanatopracteurs qui, eux, s’occupent de l’embaumement des corps et qui est un service payant.
Comment s’organise une journée type au sein des chambres mortuaires ?
Pour commencer, au CHU de Rouen nous sommes une équipe de 6 personnes. Sur cet effectif, 2 agents s’occupent des annexes de Bois-Guillaume et Saint-Julien, des morgues qui appartiennent à l’hôpital. On fonctionne sur un système de roulement, c’est-à-dire que pendant 4 à 5 semaines on va être du matin et les 4 à 5 semaines suivantes de l’après-midi, week-end compris. Par expérience le matin va surtout être consacré à la préparation des corps et l’après-midi à l’accueil des familles. Notre densité de travail est très aléatoire, ça dépend du nombre de corps mais également de l’environnement du défunt (famille nombreuse, temps de recueillement…)
Une première toilette est effectuée par les infirmières sur les corps. Ensuite, dans la nuit les brancardiers vont faire le tour des différents services et nous apportent les corps. Il y a un système de suivi avec des fiches de transfert pour que l’on ait toutes les données. On s’occupe des décès de l’hôpital Charles-Nicole mais aussi de ceux du centre de cancérologie de Becquerel et on sert de relais également avec l’Institut médico-légal de Rouen (suicides, accidents de la route, faits divers), soit 2500 corps à l’année. Par contre, on ne s’occupe plus des autopsies, bien que l’on ait les compétences pour être assistant auprès du médecin légiste.
Après réception des corps, on effectue une préparation type au niveau visuel pour la présentation aux familles. On est dans un souci de satisfaction pour les familles, les corps doivent paraître apaisés. Des vêtements sont aussi demandés aux familles.
Une fois ce travail effectué, les corps sont présentés aux familles dans des pièces (plus ou moins grandes suivant la taille de la famille) afin qu’elles puissent se recueillir. Les pompes funèbres effectuent ensuite la mise en bière.
Cette profession est très particulière, j’imagine que tout le monde ne peut pas devenir agent de chambre mortuaire. Quels sont les capacités requises pour ne pas craquer au bout de 5 minutes ?
En effet, peu de personnes veulent devenir agent de chambre mortuaire et encore moins le peuvent. Ce phénomène fait que l’équipe tourne très peu. On devient agent de chambre mortuaire non pas pour le salaire mais parce que l’on aime ce métier et que l’on est capable de le faire surtout au niveau psychologique.
Pour être agent de chambre mortuaire et faire un travail correct, il faut avoir un minimum de recul par rapport au défunt et aux histoires des familles, avoir de l’écoute, de l’attention et savoir s’adapter à chaque cas. La discrétion est aussi très importante. On essaie de faire un maximum de travail sur le défunt pour avoir un minimum de questions des familles. Notre rôle est avant tout de les écouter en leur donnant les informations essentielles pour les orienter dans leurs démarches avec les pompes funèbres mais on évite de parler des circonstances des décès. Il faut rester très objectif et garder ses distances.
Comment accède-t-on à ce métier ?
Il n’y a pas besoin d’avoir un diplôme pour devenir agent de chambre mortuaire. Personnellement, j’ai eu envie de faire ce métier grâce à une connaissance avec laquelle j’ai beaucoup discuté mais en général les personnes qui deviennent agent de chambre mortuaire viennent des sociétés de pompes funèbres.
Il peut y avoir des candidatures spontanées mais à l’hôpital ça ne marche pas, s’il y a un besoin, il établit un profil de poste. Un gros travail de casting est effectué. Les personnes retenues sur leur CV viennent ensuite faire un essai pendant 2h au sein du service avant de passer un entretien. Enfin, on se concerte (l’équipe en place) avec la responsable pour échanger nos impressions.
Finalement, agent de chambre mortuaire est une profession qui peut paraître « glaciale » mais dont le gros du travail consiste à réchauffer les coeurs des familles en deuil.
J’ai eu l’occasion d’en rencontrer un (je ne sais pas si c’était Thomas) lors du décès de ma mère au chu. Et je dois dire que l »accueil a été très réconfortant et cet agent à fait preuve de beaucoup de tact et de délicatesse. Je profite de cet article pour les en remercier.