Depuis 2008, Adopte Un Mec s’impose sur le marché de la rencontre en ligne. Nous avons rencontré Laurent, un Rouennais qui nous donne son point de vue sur ce site qu’il fréquente depuis quelques années.
Adopte Un Mec, c’est un grand supermarché de la rencontre où les filles y sont, sur le papier, les filles décisionnaires. Pour nous vendre ces rencontres bon marché, Adopte emploie tout le vocabulaire de la grande surface. La fille dispose d’un « panier » dans lequel elle peut mettre ses »produits » et ensuite « finaliser » sa commande. Pas très gratifiant pour les hommes, donc. Et en rupture avec les sites de rencontre concurrent.
Lorsqu’un homme est intéressé, il envoie un « charme » à son élue. Celle-ci détaille alors le profil de son prétendant. Tout y est : la taille, le poids, la couleur des yeux, les hobbies, sa tolérance à la fumée, sa consommation d’alcool et jusqu’à ses préférences sexuelles (rarement renseignées, cela dit). La jeune femme courtisée fait ensuite le choix -ou pas- d’échanger des « mots doux » avec son courtisan. Sur le papier donc, l’inversion des rôles est prônée. On y voit plutôt un machisme camouflé : à la jeune fille, on demandera aussi ses préférences sexuelles et son type de sous-vêtements favoris. Elle pourra même connaître ses « rivales », les filles avec qui discute aussi son prétendant.
Laurent, 41 ans, est rouennais et inscrit sur ce site de rencontres. Il explique ce choix d’Adopte Un Mec de donner le pouvoir aux filles. « Lorsqu’elles s’inscrivent sur un site de rencontre, les femmes sont très sollicitées, par les hommes qui donnent un peu l’impression d’être en chasse », constate celui qui travaille dans l’informatique. Laurent a vécu huit ans avec quelqu’un et depuis qu’il est séparé, il trouve plus compliqué de trouver une nouvelle partenaire : « Dans mon travail, je rencontre des filles trop jeunes. Quant aux connaissances de mon âge, elles sont rangées. Nous n’avons pas les mêmes rythmes de vie. » Adopte Un Mec, c’est aussi un moyen plus rapide pour draguer que dans un bar. « Au moins, il n’y a pas d’ambiguïtés, chacun sait pourquoi l’autre est là », assume Laurent. A quelques subtilités près : il est possible de renseigner le type de relation recherchée. Du « CDI, relation sérieuse », à la rencontre d’un soir. Mais pour Laurent, « Adopte Un Mec, ce n’est pas fait pour tirer un coup« .
Un avis qui ne semble pas être partagé par tout le monde. Si l’on peut recevoir, en tant que fille, des poèmes maladroits ou des compliments généralistes, l’on peut aussi recevoir des propositions de « rendez-vous coquins » ou l’envoi précipité d’un taxi. « Les garçons sont calculateurs, assure Laurent, tandis que les filles sont plus cohérentes. Elles affichent directement sur leurs profils ce qu’elles veulent »
Alors, comment fait-on pour draguer en ligne ? Laurent pratique la discipline « depuis deux ou trois ans ». Tout les matins, pour lui, se connecter sur Adopte Un Mec, c’est un peu « comme allumer la cafetière ». De même que lancer Facebook ou Twitter. Il passe en revue ses actualités, ses nouveaux messages.. Il avoue ne plus être aussi exclusif qu’au début, dans ses relations. « J’ai compris qu’il fallait un peu s’asseoir sur ses bons sentiments. Tu ne sais pas si elle va être la bonne, et elle l’est rarement », ironise celui qui recherche des femmes entre 30 et 40 ans. Pas la peine donc de se jurer une fidélité épistolaire à toute épreuve, donc. Entre le tchat, le passage en revue du catalogue et les différentes sollicitations, le site de rencontre peut s’avérer chronophage. « Mais si tu veux trouver quelqu’un, il faut s’investir », rétorque Laurent.
Un investissement qui s’élève à trente euros par mois pour les hommes. Evidemment, et comme dans certaines boites de nuit, le site est gratuit pour les femmes, histoire qu’elles forment un beau harem pour les hommes célibataires. Et ça vaut le coup, trente euros pour flirter en ligne ? Laurent n’en n’est pas si sûr. « A mon avis, les sites sont mal faits. On recherche les personnes sur critères, mais moi je n’ai pas envie de trouver quelqu’un qui me ressemble », exige-t-il, lui qui a trouvé l’astuce : lorsque l’on se connecte depuis un smartphone, ou une tablette, l’accès est gratuit.

Pour Laurent, Adopte Un Mec n’a pas l’efficacité escomptée. Depuis deux ans, il a fait quelques rencontres et a « flirté » une fois. Difficile pour lui de rencontrer des femmes de 40 ans « jeunes dans leurs têtes ». Sans compter que le site Internet met particulièrement en avant ses usagers les plus jeunes. « Si tu ne parcours que la homepage du site, tu ne vois que des filles de vingt ans. Il y a des femmes plus âgées mais elles sont beaucoup moins nombreuses », admet Laurent. »Pour certaines, j’ai l’impression de parler à ma mère. Tu ne sens pas la passion, ni qu’elles soient amantes. Certaines se présentes en tant que mères, d’autres comme fans de Dr House. Tu te demandes parfois si elles ne cherchent pas un colocataire« , se moque un peu celui qui a quelques critères non négociables comme la cigarette et la religion.
Les photos des profils peuvent devenir rédhibitoires. « On a l’impression que certaines filles ont allumé leur webcam un soir de déprime. Elles prennent une photo, avec une lumière pourrie derrière elle », constate parfois Laurent. A l’inverse, une très belle photo, « tu te demandes si ce n’est pas un fake. Surtout s’il n’y en a qu’une. » Beaucoup de choses qui ont de quoi en faire fuir plus d’un, donc.
En bref, Adopte Un Mec, ce sont des soldes à tout bout de champ, pour quelques mots doux, deux plaisanteries, parfois des propositions indécentes. Mais rarement de bonnes affaires.


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