Ce soir, à Alençon, c’est la première rencontre des blogs citoyens. Un prix sera remis à des blogs méritants, à partir du vote des internautes et du choix d’un jury de personnes qualifiées. Ce prix, remis à 22h15, ne doit pas occulter la première partie de la soirée : une table ronde où devraient être abordés de nombreux points relatifs aux blogs citoyens, à ce qu’ils sont, et à ce qu’ils pourraient devenir.
Dans un ordre à définir, seront notamment posées les questions suivantes : que changent-ils, qu’apportent-ils au débat public, quelles sont leurs perspectives… On en est au début. Le premier blog citoyen, Mon Puteaux, n’a que 4 ans d’existence. Et c’est un précurseur. Un blog qui se revendique comme militant, dans un contexte très particulier à Puteaux, où le pouvoir local a tout fait pour le faire taire, y compris en justice.
Quatre ans, et près de 200 blogs citoyens locaux plus tard, nous sommes quelques uns à nous poser des questions sur notre pratique et notre devenir. Comment résister à l’usure du temps, par exemple ? Lorsqu’on consacre au moins une heure par jour à un blog, peut-on tenir des années ? Et à quelles conditions ? D’autres se posent ouvertement la question de savoir dans quelle mesure un blog citoyen peut n’être pas un blog militant, mais bien un blog d’information ?
D’aucuns comparent le mouvement actuel avec le début, euphorique, des radios libres. Un détail change la donne, tout de même : le problème du nombre de fréquences disponibles ne se pose pas ici.
S’il est facile d’ouvrir un blog, et d’y publier de l’information, ce n’est qu’une part des choses. Il faut encore qu’une communauté se retrouve autour du blog, que les débats soient enrichissants. Un blog n’est pas simplement un outil de publication, c’est un lieu de vie et d’échange.
Reste pour beaucoup, sans qu’on ose toujours le dire ouvertement, la question financière. Le rêve, plus ou moins avoué, de pouvoir vivre de ça.
On pourrait imaginer qu’un blogueur lance un site d’information locale, passe une partie de ses journées à faire un travail qui se rapproche de celui du journaliste, et une autre partie de ses journées à démarcher localement les entreprises pour vendre de l’espace publicitaire sur son blog. Il aurait la volonté de se professionnaliser, et arriverait peut-être à en vivre un peu, en travaillant énormément. Mais à quel prix ? S’il ne semble pas absurde pour une entreprise locale d’être annonceur sur un blog local (et, je pense que certaines entreprises font des investissements beaucoup moins intelligents que celui-là ), les conséquences pour le blogueur ne seraient pas très bonnes. Car on retomberait dans un schéma que la presse écrite connait bien : on ne se fache pas avec un annonceur. On ne scie pas la branche sur laquelle on est assis. Surtout quand on ne dépend, financièrement, que de la pub. Cela impliquerait d’avoir de nombreux annonceurs, donc beaucoup d’espace consacré à la pub, beaucoup de temps consacré à la vendre… Et moins d’espace pour le rédactionnel, au risque de faire fuir le lecteur… Je ne suis pas persuadé de la validité de ce modèle.
J’ai imaginé la possibilité pour une régie pub nationale de vendre de l’espace à de gros annonceurs sur un réseau de blogs locaux. Pas de pression locale sur le contenu, dans ce cas, ce qui serait un avantage. Telle société nationale achèterait de l’espace sur 10, 15 ou 20 blogs locaux. Cela pourrait fonctionner, il n’y a pas d’obstacle technique. On y viendra peut-être. Y a-t-il des candidats pour proposer une telle offre ?
Reste une autre solution de financement que la publicité : le mécénat. Qu’une entreprise décide de rémunérer un blogueur, d’une façon ou d’une autre, par ce qu’elle considère l’initiative comme importante pour de multiples raisons (lieu de débat, d’expression démocratique, etc.). S’il s’agissait d’une entreprise locale, la pression pourrait être forte. Directe de la part de l’entreprise, ou indirecte : on imagine aisément une collectivité locale peu scupuleuse, à l’occasion d’un appel d’offre, faire pression sur le mécène pour qu’il coupe les vivres au blog, sans quoi il n’aurait pas le marché. Trop de risques de dérives.
Reste le mécène national. Un certain nombre de grandes entreprises disposent ainsi de fondations qui pourraient tout à fait jouer un rôle citoyen en soutenant des blogueurs. Cela se fait pour les artistes. Des prix existent pour des journalistes. Pourquoi pas pour les blogueurs ? Il faudrait définir des critères, des règles, mais je ne vois rien qui s’oppose à cette idée. Un montant suffisant permettrait aux blogueurs citoyens retenus de se consacrer à son activité pendant un temps donné.
Ces questions d’argent et d’indépendance ne sont pas anodines. Elles sont complexes, et méritent d’être posées. J’espère que la discussion de ce soir nous en donnera l’occasion. Ce sera, en tout cas, l’occasion de croiser de nombreux blogueurs de qualité.
L’un d’eux aura un prix ? Fort bien. Mais félicitons-nous surtout de l’occasion qui nous est donnée de nous rencontrer et d’avancer ensemble.
Je souscrit tout à fait à ces questions et à ces débuts de réponses.
J’assiste aujourdhui aux 1ères rencontres nationales du blog citoyen
Mes billets de train et mon hotel sont réservés. Ca y est. J’ai reussi à m’organiser pour assister aux premières rencontres nationales du blog citoyen. Un concours dont le prix du meilleur blog local citoyen sera décerné ce soir à 22h, à…
excellent billet ! tout simplement !
Débat sur les blogs citoyens
Sébastien pose quelques jalons du débat sur les blogs citoyens que nous lancerons ce soir dans nos Rencontres à Alençon.
Beaucoup de problèmes à aborder comme il lécrit, dont certains difficiles à résoudre sur les modèles économiques,…
j’adhere pas trop : mais je n’ai plus le net, et la je dois partir de chez mon hote. Mais y a un truc de “planification” qui ne me plait pas en fait … les blogs d’aujourd’hui c’etait les sites persos d’hier, quand on a commencé en 1998 … les choses évoluent … j’ai commencé en 2001 avec 50 visites / jour pour arriver à 4500/5000 … et ceci sans me poser de questions. La seule chose à retenir c’est que si le contenu est pertinent (pas forcement interessant, mais pertinent, cad kil trouve son public), tu n’auras aucun souci pour trouver des annonceurs, meme locaux. Mais ce sont beaucoup de fausses questions. Dans le sens ou vouloir “debattre” sur l’avenir du blog me semble inutile : monputeaux.com a prouvé que le blog avait de l’avenir.
Rod>Mon Puteaux prouve que le blog a un passé, récent, et un présent. Christophe Grébert ne gagne pas sa vie avec, loin de là , malgré le succès indéniable de son blog. Pour l’avenir, je ne lis pas dans le marc de café.
Les questions que je pose là n’ont rien d’individuel : elle sont partagées par de nombreux blogueurs locaux. Les deux premières réactions à ce billet viennent de Romans sur Isère et de Grenoble, de deux blogueurs locaux reconnus. Ce n’est pas un hasard.
moi, 1 ou 2 bannières de pub ne me choquerai pas.
Prix du blog citoyen, mon palmarès
Et voilà , les résultats su prix du blog citoyen sont désormais connus. Bravo aux vainqueurs et au miliers dinternautes qui ont pris le temps de venir voter.
Je tenais à exprimer publiquement mon avis de membre du jury sur la sélection et vo…
En ce qui concerne MonAulnay, la pub ne semble pas déranger les visiteurs. Une régie spéciale pour nos blogs, pourquoi pas.
Bonjour,
Je découvre avec plaisir ce billet et, par la même occasion, l’existence d’une mouvance de blogs appelés citoyens.
Les (bonnes) questions évoquées ici m’interpellent à plusieurs titres. A titre personnel, je gère un journal local online et, à titre professionnel, je gère une agence web qui s’occupe notamment… de publicité sur le web.
Tout d’abord, ce blog/journal que j’ai créé avec un ami est tout jeune (février 2006). Cela nous titillait depuis un bout de temps. Nous habitons village de 450 âmes. Ce village est secoué depuis environ un an par une tempête municipale qui n’en finit plus de perdurer et, nous-même, nous sommes, je pense, atteint par un virus “journalistique”
(Perso, j’ai pratiqué les radios libres…)
Pour autant, nous avons pris notre temps pour nous décider car nous souhaitions offrir une certaine viabilité à ce journal et ce genre de projet en pleine campagne n’est pas évident, même si nous couvrons une partie du canton.
Cela dit, notre journal n’est peut-être pas un blog citoyen au sens militant du terme. Personnellement, j’ai déjà donné pas mal de mon temps au militantisme politique et syndical alors, maintenant je me “repose”.
Notre démarche est essentiellement de faire un journal avec ses faits divers, ses infos associatives et sa partie magazine. Mais cela ne nous empêche pas de commenter et analyser les évènements municipaux :))
Nous laissons chacun libre de commenter. Cela ne se bouscule pas ,d’ailleurs, mais c’est normal. Toutefois, nous pratiquons une modération à priori, ne serait-ce que pour le spam et aussi pour éviter les tentations diffamatoires (dont je suis pénalement respnsable). En fait, nous n’avons jamais censuré, si ce n’est une deux rares fois pour des commentaires du même auteur qui se réptétait, par exemple.
Bref, nous essayons de faire simplement un modeste journal, la liberté d’expression en prime :))
Dès le début, j’ai pensé à la question du financement. Le fait que ma société soit une agence web facilite les choses. A ce titre je dispose d’un serveur et la question de l’hébergement du blog est réglée. En substance, ma société offre un hébergement au journal et en contrepartie, celui-ci concède à la société l’aspect commercial.
Vous posez la bonne question, je pense : travailler avec des annonceurs éloignés des préoccupations locales me semble un bonne solution. Pour autant, la question de la publicité sur un site web est plus délicate que l’on imagine.
Pour ma part, ma société met sur pied un système de régie qui fonctionne déjà : un catalogue de sites et les tarifs seront en ligne très prochainement. Ce système est basé sur le principe de la location d’espaces à des annonceurs. A ce titre, je suis donc une interface entre les annonceurs et les webmasters.
Je me limite à la location d’espace sans notion de paiement au clic ou autre pourcentage sur les ventes (cela permet, justement, d’éviter des excès qui transforment souvent les sites en “sapins de noël”)
Mais un blog local peut-il intéresser un annonceur national, voire international ?
Ma réponse est : oui !
Pour info, le principal annonceur sur Doulevant Info (notre journal) est un groupe américain. Pour autant ses insertions sont discrètes.
Pour être plus clair, ces espaces consistent en des liens textes. C’est discret et l’intérêt, pour l’annonceur, peut tenir surtout à des questions de positionnement sur les moteurs de recherche. Et là , les questions philosophiques abordées dans un blog ne sont pas le critère premier, à mon avis, pour l’annonceur. Lui, il regardera d’autres aspects plus techniques.
C’est le boulot d’une régie spécialisée que de savoir (ou deviner) si tel site conviendra à tel annonceur.
En revanche, vous supposez que le webmaster pourra “vendre” son espace à une régie. Je suis septique. Cela se passe autrement : la régie passe une convention avec le webmaster. Quand la régie loue un espace, elle est réglée par l’annonceur puis rétrocède une part au webmaster (chez moi c’est 60 % pour le propriétaire du site). C’est plus cohérent.
C’est donc un champ à explorer en matière de financement de blogs citoyens.
Personnellement, cette idée de régie, peut-être pas spécialisée (car elle se doit polyvalente) mais bien au fait de la problématique du financement des blogs citoyens (ou assimilés) me séduit, tant sur le plan “philosophique” que sur le plan professionnel, naturellement.
(Ouf ! J’ai été long ! Désolé…)
Michel> Long, peut-être, mais très intéressant. Je vous remercie.
Bravo pour votre site, que je ne connaissait pas, mais qui est vraiment très bien fait.