Le droit à l’image n’est pas une mince affaire. Jean-Paul Gauzes, député européen UMP de la zone Nord Ouest, l’apprend, tant bien que mal, à ses dépends. Le site Rouen Alternatif raconte comment ce député, qui n’est pourtant pas censé ignorer la loi, y contrevient, en toute connaissance de cause, en publiant des photos des enfants qu’il a rencontré à l’école Pépinières Saint-Julien de Rouen sur son blog. Les parents, pourtant, l’ont averti de leur mécontentement courant mars. Il leur a répondu. Mais la photo est toujours en ligne ! (Je la reproduis ici, floutée rapidement par mes soins).
Pire, Jean-Paul Gauzes, qui aime manifestement les écoles du département a depuis publié le même genre de photos, prises à La Providence, de Dieppe, avec des élèves de CM1-CM2.
Et comme une erreur ne vient jamais seule, l’article illustré par les photos prises à Rouen est manifestement un copié collé d’un article paru dans Paris-Normandie du 2 février 2006. Le droit d’auteur n’est pas non plus une mince affaire.
Selon Rouen Alternatif, Marie-Hélène Roux, adjointe (UMP) au Maire de Rouen, chargée de la petite enfance qui avait invité le député européen, devrait se faire rappeler à l’ordre par le maire qui aurait déclaré, on le comprend, qu’il condamnait ce genre de pratique.
L’article de Rouen Alternatif
Le site de Jean-Paul Gauzes (avec l’article sur sa visite à Rouen).
J’ai toujours aprécié ce blog que je consulte depuis sa création.
Mais, ici, je n’aprouve pas le procédé, non pas du contenu, j’y adhère parfaitement, mais de la publication d’images.
Vous publiez une photo où vous cachez en « floutant » (j’adore ce mot) une partie. Ce qui est tout à votre honneur, mais ensuite vous donnez un lien direct vers la page en question où l’on a tout le loisir de la voir non “floutée” !
Sur l’internet, c’est comme si on “publiait” la photo.
Ça me rappelle :
“Halte à l’invasion des nudistes, toutes les photos en dernière page !”
Vous me direz, il suffit de faire simplement une recherche, et bien justement, pour faire la recherche, il y en a déjà plein qui abandonnent ou qui ne trouvent pas…
Non, comme tu le dis, Sébastien le droit à l’image n’est pas une mince affaire !! Je ne connais pas précisément le droit en question, d’ailleurs en cours d’élaboration-évolution, avec jurisprudences diverses (compte tenu, notamment, de la multiplication des supports possibles avec le numérique)
Je ne me placerai pas du tout ici sur le champ politique, bien qu’il ait toute son importance. La communication via les images, même si elle est ancienne (déjà les rois de France s’en souciaient) se développe à l’évidence beaucoup actuellement chez les politiques (cf la rubrique “Ma binette partout”, dans le Canard Enchaîné, rigolotte et qui se moque des hommes politiques publiant à la pelle des photos d’eux-mêmes dans les magazines territoriaux)
Non, je fais un peu de hors-sujet, et je me situerai aujourd’hui plutôt comme historienne du temps présent, ou comme journaliste épisodique. Un paradoxe me frappe : les gens s’exposent de plus en plus. Ainsi la frontière vie publique-vie privée s’efface par exemple à la télévision, les gens adorent parler d’eux et se dévoiler, ou observer les autres dans leur intimité (sites webs personnels, succès de la téléréalité …). Et dans le même temps on assiste à une tentative de “privatisation” de l’image, exagérée selon moi dans certains cas. Un historien en contemporaine ou un sociologue qui veut publier des photos de Rouen, éprouve ainsi de plus en plus de difficultés à le faire. Même les propriétaires de maisons particulières, parfois, ne veulent pas qu’on publie une photo de leur façade (ou…exigent de l’argent pour cela, ce qui ouvre un aperçu sur certaines motivations). Compte tenu de cette espèce de schizophrénie, des agences d’images se développent, lesquelles vendent des photos de “cadre supérieur”, “footballeur”, “élève de CM1″, “mère de famille faisant son marché”, “vieillard en maison de retraite”, “ouvrier métallurgiste” etc, etc Il s’agit à chaque fois bien entendu d’acteurs professionnels, puisque les “vraies gens” pourraient poser des problèmes divers. Le réel s’efface donc devant sa mise en scène, voisine du “bidonnage”, pourtant faute professionnelle chez les journalistes. Je suis prête à en discuter - le sujet me passionne - mais ce nouveau “droit de l’homme”, le droit à l’image, très respectable en soi, me paraît enfler actuellement de façon disproportionnée. Ne sommes-nous pas, dans certains cas, un peu … narcissiques (notre image, finalement, est-ce si vital à contrôler ??) ou un peu superficiels (il y a notre image, certes, mais aussi notre réalité profonde, peut-être non moins importante ?) Ou si peu sûrs de nous, pour accorder tant d’intérêt à notre image ? Ou si attachés à la propriété, pour estimer qu’il n’y a plus d’espace public, même dans ce domaine de la représentation ? J’ai des anecdotes précises, si vous voulez ; en gros sur des sujets aussi anodins - par exemple - que la photographie d’une cour de récréation, ou même la terrasse d’un bistrot l’été à Rouen, j’ai été obligée de mettre en scène des membres de ma propre famille pour des photos destinées à être publiées. Tout cela me semble excessif ; le droit à l’image est un nouveau droit important, mais attention selon moi à l’inflation des situations litigieuses, qui révèlerait une société procédurière, inquiète et soupçonneuse, en même temps que bizarrement, souvent impudique. Une sorte de … syndrome Grimaldi.
A quand l’interdiction des clichés pris par le sattelite SPOT, les caméras de surveillance dans les rues et la vente des photos de classe?
C’est vraiment du grand n’importe quoi…
Didier> Tu as raison à 110 %.
apres plus de 120 000 photos de personnes prises dans la nuit … seulement 3 tentatives de plainte, qui ont echoué … le droit à l’image OK, mais il y a un moment il faut arreter de fantasmer sur les possibles sommes que l’on peut recolter … c’est ca de trop lire les decisions de justice lues sur les couv’ de Paris Match ou de Voici.
Une information qui a son importance. Les parents étaient invités avant la visite du député à remplir un formulaire leur demandant s’ils autorisaient ou pas la diffusion des photos de leurs enfants. Plusieurs parents ont donc explicitement refusé que l’on photographie leur enfant ce jour la, malgré tout les photos ont été publiés.